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  • bastinho31

Renzo Soeparno, L'exilé devenu Président

Mis à jour : 18 oct. 2020



La rencontre avec Renzo nous permet aujourd'hui, d'ouvrir une nouvelle rubrique de notre site, les "Calédoniens du Monde". Exilés à plusieurs milliers de kilomètre de notre petit caillou, ils ont construit leurs vies hors de nos frontières. Ce sont donc nos yeux et nos oreilles pour mieux découvrir ce qu'il se passe si loin de notre quotidien.


Aujourd'hui, Renzo, parti tenter l'aventure du "football professionnel" à 15 ans en métropole, revient pour nous sur son parcours, son vécu. Lui qui est devenu depuis Président d'un club de Futsal, nous donne également son avis sur la discipline en Calédonie et sur les perspectives d'évolution qu'il y voit. 



Renzo, merci de nous accorder ces mots. Tout d'abord, peux tu nous dire d'où tu viens, quelles sont tes origines ?  

Bonjour à tous, et bonjour à FootNC ! Ben, comme beaucoup au pays je crois, je suis issu d'un métissage ! Mon père est javanais, ma mère est à moitié caldoche et à moitié kanake. Je vous laisse donc imaginer le "bordel" que sont mes filles, avec leur mère qui est originaire de Maré ! (rire) Sinon plus jeune, avant de venir en métropole, j'habitais à Auteuil.


Super ! Et au niveau du football, donc, quel est ton parcours ?

Et bien, je commence assez tard en fait ! J'ai d'abord fait un peu de base-ball, puis à 13 ans je vire enfin dans le football (avant de ne plus jamais le lâcher par contre ! rire). J'ai commencé à l'USC. Comme je n'étais que première année dans ma catégorie, et que je suis un petit filou (!), j'ai fait croire au coach que je jouais gardien, ce qui me permettait de participer aux matchs ! (rire) Puis, ensuite, je suis vraiment "arrivé" sur le terrain, je jouais surtout attaquant à l'époque. J'ai joué à Lossi, puis à Auteuil, où j'ai évolué jusqu'en junior et mon départ en métropole.


Ce départ pour la métropole donc. Tu y pars dans l'espoir de devenir "footballeur professionnel", c'est ça ? Tu as quel âge exactement à cette époque? Comment tu t'y prends ? Tu as un agent ?

Je dois avoir 15 ou 16 an quand j'arrive en Métropole. Et, oui, j'y pars pour "tenter l'aventure du football professionnel"! Je n'avais pas d'agent, mais j'avais mon frère sur place, à Nancy. Il essaie de m'obtenir des tests avec l'AS Nancy Lorraine, mais ils nous répondent que je suis déjà trop vieux, et qu'eux, c'est plus à 13 ans qu'ils dépistent les joueurs. Ca sera la même réponse à Toulouse, là où j'ai fini par habiter. Finalement, à force de persévérance, j'obtiens un essai à l'AC Ajaccio. Je m'y rends (en bateau !), plein d'espoir. Je fais de bons tests, mais ils m'expliquent que des profils comme le mien, ils en ont déjà plusieurs. Je n'aurai pas l'occasion de refaire d'autres tests dans des clubs professionnels, et je signe dans un club de la région toulousaine, qui évolue au niveau régional. Et oui, sinon, d'avoir un agent ça aurait été un vrai plus ! Pas évident d'être pris au sérieux sinon..



Lors de ces premières années en métropole, Renzo avait eu la chance de participer à un match de gala, en compagnie de Raï (excusez du peu !) !



Avoir un agent, c'est le conseil que tu donnerais aux jeunes calédoniens qui souhaiteraient épouser une carrière de footballeur professionnel ? 

Ca aide, c'est sûre ! Ca permet de valoriser le joueur, de le guider au travers des contacts déjà établis avec les clubs professionnels. Après, il n'y a pas que ça. Je pense qu'il faut aussi être près à quitter sa famille assez tôt, car comme dit précédemment, c'est plus vers 13 ans que les joueurs intègrent les centres de formations en métropole. Enfin, peut-être qu'il y aurait des choses à faire également au niveau de la Fédération calédonienne. Peut-être faudrait-il créer un centre de formation ou de pré-formation, avec des contacts réguliers avec les clubs professionnels. Ca permettrait, à mon avis, de simplifier et d'éclaircir le parcours d'un bon jeune joueur calédonien. Et Dieu sait s'il y en a !


Laissons le football de côté un peu (pas très longtemps je te rassure ! rire). Toi qui n'as jamais quitté le Territoire avant, qu'est-ce qui te marque le plus quand tu arrives en métropole, surtout à 15 ans ?

Il y a plein de choses qui me marquent ! (rire) Mais c'est vrai que quand t'as 15 ans, et que t'es féru de football, ce qui te marque le plus, c'est ce qui touche à ta passion ! Et, ça a peut-être changé depuis en Calédonie, mais ce qui me marque quand j'arrive en France, ce sont les très nombreuses installations de sport accessibles ! Ca te pousse à jouer, à pratiquer un sport. Alors que j'avais l'impression qu'en Calédonie, en fonction de l'endroit où t'habitais, tu avais plus ou moins accès à ces infrastructures. Et, du coup, ça poussait pas mal de jeunes, à traîner, à rien faire, plutôt qu'à faire du sport. On connaît, malheureusement, la suite de la chanson....


Qu'est-ce que tu es devenu du coup? Qu'est-ce que tu fais aujourd'hui ?

Ben après 5 ans à l'armée, je viens de signer un CDI à La Poste en tant que facteur (c'est presque comme professionnel de football ça, non ? rire). Je suis toujours sur Toulouse, je suis marié avec une fille originaire de Maré, Julia Watha, et nous avons deux filles.



Prochain défi pour Renzo, donner une belle éducation à ses deux filles !



Pourquoi ne pas revenir vivre en Nouvelle-Calédonie ?

J'y suis revenu pendant 2 ans, le temps de passer mon Bac ! Puis, je suis reparti en métropole. Je pense qu'il y a plusieurs choses qui me poussent à rester ici pour le moment. Premièrement, le confort de vie, la vie est bien moins chère ici ! Il y a plus d'aides.. Et deuxièmement, parce-que j'ai créé y a 4 ans un club de Futsal ! C'est pas mal de responsabilités, donc je reste ici pour le moment. Mais je rentrerai au pays un jour ! Je me vois bien m'investir pour le football calédonien d'ailleurs. Dans cette optique, je passe mes diplômes d'entraineur !


Venons en à ce club de Futsal. Quelle est l'histoire de ce club ? C'est fou !

C'est venu d'un "délire" entre potes mélanésiens, en fait. Chaque été, on avait l'habitude de participer à de nombreux tournois de Sixte (Tournoi de 6vs6 sur demi-terrain). Et on nommait notre équipe la JSK : "Jeunesse Sportive de Kanaky", et non la Jeunesse Sportive de Kabylie comme certains pensaient ! (rire ++) On marchait bien et on arrivait souvent loin dans les tournois. Du coup, un jour, on a décidé de monter un club. Vu que le futsal se rapprochait le plus de ces matchs de Sixte, on est parti sur ça. Le club a donc été créé en Février 2016, et principal instigateur, j'en suis devenu le Président. Aujourd'hui, les choses ont un peu évolué. On a gravi les échelons, et on est aujourd'hui aux portes du niveau régional. Le club s'est "ouvert" également, de nombreux joueurs, pas forcément originaires de Calédonie nous ont rejoint. Du coup, par respect pour tout le monde, on a fait évoluer le nom du club en "JS Kingdom", comme ça tout le monde s'y retrouve !


Super ! Tu es donc aujourd'hui un peu plus dans le Futsal que dans le Foot à 11. Est-ce que tu suis un peu ce qui se fait en Calédonie au niveau du Futsal ?

Bien sûre que je suis ! Le FC Ferrand reste, pour moi, le favori cette année. Mais l'ASPTT et l'Olympique sont de très bons outsiders ! Après, de manière plus globale, ça n'est pas forcément évident de juger, car sur les vidéos ça va toujours moins vite qu'en réalité. Mais, je dirais que le Futsal calédonien peut peut-être progresser dans la vitesse sur les phases d'attaque et les combinaisons, techniquement et tactiquement un peu aussi. J'avais une idée d'ailleurs ! Pourquoi ne pas intégrer à la Sélection Calédonienne de Futsal des joueurs originaires de Calédonie et qui jouent en métropole ! Pour les grandes compétitions au moins ! C'est une idée comme une autre, mais si ça se fait dans d'autres sports comme le Foot à 11 ou le Volley, pourquoi ne pas le faire pour le futsal ? Nous avons par exemple, rien que sur Toulouse, quelques joueurs calédoniens très intéressants, comme Wayewol Wayewol, originaire de Maré et qui nous a rejoint depuis 3 ans, ou encore un joueur qui joue pour le Toulouse Futsal Club (2èm niveau national !). Bon là, de toute façon, avec le coronavirus on est un peu bloqué ! (rire)


Merci pour ces idées, le football et le futsal calédonien ne peut être qu'ouvert à de nouvelles visions de toute façon.


Pour finir, dit nous en plus sur toi !


- Ton club de coeur ?

Le PSG !

Ca m'aurait étonné..


- Ton joueur préféré ?

Pendant longtemps, ça a été Jay-jay Okocha ! J'étais fan ! Maintenant, j'aime bien Cristiano Ronaldo. C'est fort ce qu'il fait quand même.


- Ton plat préféré métropolitain ?

Le Cassoulet de Castelnaudary !

Attention aux dégazage quand même !! (rire)


- Ton plat préféré calédonien ?

Le Bougna !

Simple, mais efficace !


- Ce qui te manque le plus de la Nouvelle-Calédonie ?

Beaucoup de choses !!! La famille, les frères, les paysages du pays, la mer, la rivière..

Ah oui, ça en fait ! (rire)


- Ta musique du moment ?

"Become a nation" de Marcus Gad !

Ah ben, c'est dans l'air du temps effectivement ! (rire)



Super, Merci Renzo pour ce superbe moment, et tous ces enseignements communiqués !

De rien c'est avec un très grand plaisir ! Un grand bonjour à tous les gens du pays d'ailleurs !



Augustine Azuka dit « Jay-Jay » Okocha, aura eu l'occasion de faire rêver plus d'une génération de jeunes footballeurs !



SOEPARNO Renzo

Né le 26 novembre 1987 à Nouméa

Poste : goal, attaquant, entraineur, Président .....

Parcours :

NC: USC, AS Lossi, Auteuil. Puis FC Gaitcha et Thuaaik

Métropole: US Castanet (régional), St-Jo (régional), Saint-Orens, Rangueil FC, Donneville, Tropik Club Toulouse.

Futsal : Defense de Fer (régional) puis JSK (joueur, entraineur, Président)



Renzo reste très performant, et a surtout une très grosse envie de s'investir !



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